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RDC : Alain Lungungu signe une brillante radiographie de la ZES de Maluku et redessine les fondements de l’industrialisation congolaise

Il existe des travaux universitaires qui décrivent la réalité, et d’autres qui contribuent à la transformer. L’étude d’Alain Lungungu Kisoso sur la Zone Économique Spéciale de Maluku appartient incontestablement à la seconde catégorie.

À travers une démonstration d’une remarquable densité intellectuelle, ce chercheur macroéconomètre et expert en finances publiques congolais rappelle une vérité que les politiques publiques oublient souvent : « l’industrie ne se décrète pas, elle se construit patiemment sur des fondations solides et cohérentes. »

Sa thèse est limpide. La performance d’une zone économique spéciale ne résulte pas de l’addition mécanique de quelques avantages fiscaux ou d’une simple volonté politique. Elle dépend de la conjugaison simultanée de cinq piliers stratégiques : le droit, la fiscalité, le foncier, les infrastructures et la gouvernance. Qu’un seul vacille, et l’ensemble de l’édifice menace de s’effondrer.


L’analyse s’appuie sur une comparaison rigoureuse avec les plus grands modèles mondiaux : Shenzhen en Chine, Jebel Ali aux Émirats arabes unis, Tanger Med au Maroc, Nkok au Gabon, Hawassa en Éthiopie ou encore Saigon High-Tech au Vietnam. Tous illustrent une même constante : le succès industriel naît moins des privilèges accordés que de la cohérence institutionnelle qui les accompagne.
Le cas congolais n’échappe pas à cette règle.

Les résultats présentés sont, à certains égards, encourageants. Trois des cinq hypothèses majeures de l’étude sont pleinement validées : le cadre fiscal, la sécurisation foncière et les infrastructures engagées constituent de véritables atouts pour Maluku. Les dimensions juridique et régulatoire, en revanche, demeurent partiellement réalisées, révélant l’écart persistant entre la qualité des textes et leur exécution effective sur le terrain.

L’un des chiffres les plus éloquents concerne la rentabilité économique du projet. Le taux de rendement interne projeté atteint 23,8 % sur vingt-cinq ans, dépassant largement le seuil conventionnel de 15 % généralement retenu pour les investissements structurants. Un signal fort qui témoigne du potentiel économique réel de la zone.
Mais l’étude ne cède jamais à l’optimisme béat.

Le verrou énergétique demeure l’obstacle majeur. La capacité du poste de transformation de la SNEL, limitée à environ 100 MVA, reste insuffisante pour soutenir les ambitions industrielles du site. Sans énergie fiable, les exonérations fiscales les plus généreuses perdent leur pouvoir d’attraction et les infrastructures physiques deviennent des promesses inachevées.


Le travail foncier, lui, constitue un exemple de rigueur rarement souligné dans le débat public. La mise en œuvre du plan de réinstallation ayant concerné 188 personnes affectées a permis de sécuriser l’assiette territoriale selon des standards internationaux, transformant le foncier en véritable capital mobilisable au service de l’investissement.

L’intégration des PME locales représente également un enjeu déterminant. Les expériences africaines les plus performantes, notamment celle de Hawassa, ont atteint des taux de sous-traitance dépassant 30 % au profit des entreprises nationales. Maluku devra suivre cette voie si elle veut éviter le piège des enclaves économiques déconnectées du tissu productif congolais.

Au-delà des chiffres, Alain Lungungu propose une vision

Sur les six zones industrielles prévues par le Plan national de développement industriel à l’horizon 2040, Maluku demeure aujourd’hui la seule ayant atteint un niveau de maturité suffisant pour servir de référence nationale. Son succès ou son échec conditionnera, en grande partie, la crédibilité de l’ensemble de la stratégie industrielle congolaise.

C’est précisément là que réside la portée exceptionnelle de cette recherche. Elle ne constitue pas seulement une évaluation académique d’un projet pilote ; elle offre au Congo une véritable doctrine du développement industriel, fondée sur l’expérience internationale mais profondément enracinée dans les réalités nationales.


À l’heure où tant de débats se résument à l’exploitation des ressources naturelles, Alain Lungungu, Chef des Travaux à la Faculté des Sciences économiques et de gestion de l’Université de Kinshasa, rappelle avec éclat qu’aucune nation ne s’est durablement développée sans transformer localement sa production, sans investir dans l’énergie et sans bâtir des institutions capables d’accompagner l’entreprise privée.

Fin connaisseur du dossier, il en a suivi et accompagné, au fil des années, la traduction en actions concrètes, ce qui confère à son analyse une profondeur et une crédibilité rares.

Maluku n’est donc pas simplement une zone économique spéciale. Elle est, selon la lumineuse démonstration de cet économiste, le premier test grandeur nature de l’ambition industrielle congolaise du XXIe siècle.



Rappelons que, selon les données publiées par le Conseil présidentiel de veille stratégique (CPVS), la Zone Économique Spéciale de Maluku a déjà généré 1.632 emplois directs et près de 8.000 emplois indirects, confirmant qu’elle n’est plus un projet d’avenir, mais une réalité économique en pleine expansion dans l’est de Kinshasa.

Cette dynamique industrielle est portée par des entreprises phares déjà opérationnelles sur le site. Saphir Ceramics, spécialisée dans la fabrication de carreaux et de faïence, participe à l’essor d’une véritable industrie locale des matériaux de construction, tandis que Varun Beverages assure la production des boissons Pepsi et Mirinda pour le marché congolais. À elles seules, ces implantations illustrent la capacité de Maluku à devenir l’un des principaux moteurs de l’industrialisation et de la création d’emplois en République démocratique du Congo.


 
Baby MOSHA

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