Écarté de la RASKIN, frappé d’un embargo médiatique de 88 jours et visé par une enquête judiciaire, Fils Mukoko fait face aux conséquences de déclarations explosives qui ont provoqué une levée de boucliers au sein des institutions congolaises.
Le surnom de « prince de la rue » ne semble plus suffire à protéger Fils Mukoko de la tempête qui s’abat sur lui. En l’espace de quelques jours, ses prises de parole ont déclenché une série de mesures administratives, médiatiques et judiciaires, transformant une polémique sur les réseaux sociaux en une affaire aux implications plus larges.
Le 21 octobre 2026, le gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba Lubaki, a mis fin à ses fonctions de directeur général adjoint de la Régie d’assainissement de Kinshasa (RASKIN). Cette décision fait suite à des déclarations dans lesquelles Fils Mukoko évoquait la distribution d’armes dans des lieux publics, notamment des terrains de football, des églises et des universités, tout en proférant des menaces visant des ressortissants occidentaux vivant en RDC.
Trois fronts ouverts contre lui
Sur le plan administratif, la décision de l’autorité provinciale s’inscrit dans le cadre des obligations attachées à l’exercice d’une fonction publique. Le responsable concerné est notamment tenu à des exigences de responsabilité, de dignité et de réserve. Les déclarations qui lui sont attribuées ont ainsi conduit à son éviction de la RASKIN, une structure publique chargée de l’assainissement de la capitale.
Sur le terrain médiatique, le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) a décrété, le 21 octobre, un embargo de 88 jours lui interdisant toute intervention dans les médias, sur les réseaux sociaux et par d’autres moyens de communication de masse. Le régulateur lui reproche notamment des propos susceptibles de porter atteinte à l’ordre public et au droit à la vie. Il l’a également convoqué pour une audition.
Le volet judiciaire vient alourdir ce tableau. Le ministre d’État chargé de la Justice, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, a instruit le procureur général près la Cour de cassation d’ouvrir une enquête afin que les faits rapportés soient examinés par les autorités compétentes. L’objectif est d’établir les circonstances exactes des déclarations et d’en déterminer les éventuelles conséquences au regard de la loi. À ce stade, l’ouverture de cette enquête ne constitue pas une déclaration de culpabilité.
Même son propre camp prend ses distances
L’affaire a également provoqué des remous au sein de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS). Le parti présidentiel s’est désolidarisé des déclarations attribuées à Fils Mukoko, précisant que les initiatives évoquées n’avaient reçu l’aval d’aucun de ses organes compétents. Cette prise de distance souligne l’embarras suscité par des propos susceptibles d’alimenter les tensions et de compromettre les efforts de désescalade.
Du côté du gouvernement, le porte-parole Patrick Muyaya a fermement condamné ces déclarations, affirmant qu’elles n’engageaient ni l’exécutif ni aucune autre institution. Les autorités ont également assuré que des dispositions étaient prises pour garantir la sécurité des missions diplomatiques et de leur personnel en RDC.
Quand la provocation dépasse les limites
Cette affaire intervient dans un contexte de tensions entre Kinshasa et Bruxelles. Mais quelles que soient les circonstances politiques, les appels à l’armement de la population et les menaces visant des ressortissants étrangers constituent des sujets suffisamment graves pour appeler une vérification rigoureuse et une réponse institutionnelle appropriée.
La liberté d’expression reste un principe fondamental. Elle ne saurait toutefois être confondue avec un droit de menacer autrui ou d’encourager des actes susceptibles de mettre des vies en danger. C’est précisément à la justice qu’il revient désormais d’examiner les faits, sans précipitation ni jugement anticipé.
Pour Fils Mukoko, le revers est considérable : une fonction publique perdue, une tribune médiatique fermée pour 88 jours et une procédure judiciaire en cours. L’épisode rappelle qu’une forte présence dans l’espace public ne garantit aucune immunité face aux règles qui encadrent la parole et l’exercice des responsabilités.
Reste à savoir quelles conclusions les autorités judiciaires tireront de cette affaire. Une chose est certaine : lorsqu’une déclaration dépasse le stade de la provocation pour soulever des questions de sécurité publique, ses conséquences peuvent rapidement échapper à celui qui l’a prononcée.
Baby MOSHA