La ville de Butembo, dans la province du Nord-Kivu, traverse une nouvelle période de tension économique. Depuis le lundi 2 novembre 2026, les opérateurs économiques observent un mouvement de grève pour protester contre ce qu’ils dénoncent comme une pression fiscale excessive, la multiplication des taxes et les tracasseries administratives imputées à plusieurs services de l’État.
Le mouvement, qui touche aussi bien les grandes galeries commerciales que les boutiques, magasins, stations-service et pharmacies, a considérablement ralenti les activités économiques de cette importante ville commerciale du Grand Nord-Kivu.
À l’origine de cette mobilisation, les commerçants pointent notamment les pratiques de plusieurs administrations, parmi lesquelles la Direction générale des impôts (DGI), la Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations (DGRAD), la Direction générale des recettes du Nord-Kivu (DGRNK) et la Direction générale des douanes et accises (DGDA).
Les services de l’Économie, du Tourisme, de l’Environnement, l’Inspection du travail, la SONAS, la SOCODA ainsi que les services des Postes et télécommunications figurent également parmi les structures mises en cause par les opérateurs économiques.
Un dialogue sans résultat immédiat
Pourtant, la grève annoncée initialement pour le 2 novembre avait été suspendue le samedi 31 octobre, à la suite d’une rencontre entre les représentants des commerçants et l’abbé Patrick Kasolene, conseiller du gouverneur militaire du Nord-Kivu chargé des relations avec la société civile.
Cette démarche devait ouvrir la voie à des discussions avec les services concernés. Mais la réunion organisée lundi 2 novembre à la mairie de Butembo n’a pas permis de rapprocher les positions. Estimant que leurs préoccupations n’avaient pas reçu de réponses satisfaisantes, les commerçants ont finalement maintenu leur mouvement.
Patrick Tsongo, porte-parole occasionnel des associations et syndicats des opérateurs économiques, a notamment dénoncé des opérations de surtaxation sur le terrain ainsi que des menaces de régularisation fiscale qu’il considère comme injustifiées.
Des premiers échanges avec la DGI
Une nouvelle évolution est toutefois intervenue mercredi 4 novembre. Une délégation des opérateurs économiques a rencontré les responsables de la Direction générale des impôts (DGI) à l’hôtel Auberge de Butembo.
D’après les informations rapportées par les médias locaux, les deux parties ont trouvé des points d’accord sur certaines préoccupations. Ces échanges constituent une première avancée, mais n’ont pas suffi à convaincre les commerçants de mettre fin à leur mouvement.
Les représentants des grévistes attendent désormais que les autres services concernés prennent également part aux discussions. Ils souhaitent notamment obtenir des engagements concrets avant de décider d’une éventuelle reprise des activités.
Le gouverneur militaire attendu dans les discussions
Au-delà des discussions techniques avec les régies financières, les opérateurs économiques sollicitent directement l’implication du gouverneur militaire du Nord-Kivu. Ils estiment que l’intervention de l’autorité provinciale est nécessaire pour parvenir à une solution durable et mettre fin aux pratiques qu’ils dénoncent.
Parallèlement, cette mobilisation suscite des inquiétudes au sein de la société civile urbaine. Son président, Mathe Sahanane, tout en reconnaissant le droit des opérateurs économiques de recourir à la grève, les a invités à mieux identifier les problèmes rencontrés et les services réellement compétents pour y apporter des réponses.
Un mouvement qui dépasse Butembo
Cette contestation intervient dans un contexte de tensions fiscales plus larges dans le Grand Nord-Kivu. Quelques jours auparavant, des opérateurs économiques de Beni avaient également fermé leurs établissements pour dénoncer la multiplication des taxes et les tracasseries fiscales.
À Beni, les revendications portent notamment sur la taxe professionnelle annuelle, dont la suspension avait été annoncée par le gouverneur militaire dans une correspondance datée du 10 septembre 2025.
À Butembo, au troisième jour de la mobilisation, mercredi 4 novembre, plusieurs établissements commerciaux restaient fermés. Toutefois, certains marchés de produits alimentaires continuaient de fonctionner, permettant à la population de s’approvisionner.
Pour ce jeudi 5 novembre, les commerçants attendent de nouveaux échanges avec les services concernés avant de se prononcer sur une éventuelle levée de la grève.
APEM